L'Ile des Tortues

science-savoir

DE L’ABONDANCE À LA RARÉFACTION

Les écrits des premiers navigateurs 
foulant les plages de l’île de La Réunion, 
attestent de l’abondance de la faune sauvage, 
parmi laquelle de grandes tortues marines 
ou terrestres.




1668


« (Les tortues) de mer sont beaucoup plus rares (que celles de terre). Elles ne viennent à terre que la nuit, à l’ouest de l’île, du côté de Saint-Paul, et couvent leurs œufs dans le sable après les avoir soigneusement couverts pour les cacher aux pourceaux qui les mangent. Quand on veut les prendre il faut observer le temps qu’elles sortent de l’eau ; et lorsqu’elles en sont un peu éloignées, on les renverse en leur passant un bâton sous le ventre. […] Celle de mer a une vertu particulière pour le soulagement de ceux qui sont attaqués du scorbut. On a trouvé dans quelques-unes jusqu’à 800 œufs, gros comme ceux des oies, les uns prêts à sortir et les autres encore sans coque. Ils sont fort secs et n’approchent point de la bonté de ceux des poules. Cependant la tortue est d’un grand secours dans les équipages : on les peut conserver deux mois vivantes en les arrosant tous les jours d’eau salée
Dellon, in «Sous le Signe de la tortue», 
A. Lougnon, édition Azalées.


Les Hollandais à Maurice. De Bry, gravure sur bois, 1601 (collection Kélonia)


1669


« Le quinzième du courant, nous levâmes l’ancre de Saint-Denis et fûmes mouiller à sept lieues de là, à l’habitation nommée Saint-Paul, afin d’y faire de la tortue de mer et en faire saler. Ce lieu de Saint-Paul est où la tortue territ, à cause de l’anse de sable […] 24 grandes tortues de mer vivantes, sans compter une trentaine que nous avions fait saler. Cent hommes de bon appétit peuvent rassasier leur faim en un repas d’une seule tortue de mer
Dubois





LA TORTUE SACRIFIÉE

Les tortues paieront un lourd tribut pour nourrir les premiers colons et les marins des bateaux en escale. Les tentatives de régulation des captures, dès 1690, ne compenseront pas les ravages sur les nids causés par les rats, chiens et cochons arrivés avec l’homme. Plus tard l’urbanisation du littoral accélèrera la quasi disparition des tortues sur les plages de l’île. Les pontes deviennent exceptionnelles, et les tortues sont régulièrement capturées en mer.


1690


La règlementation de la chasse pour le bien des colons (et protéger le gibier) « interdit la chasse si ce n’est une fois la semaine 
à la viande ou à la tortue ». Vauboulon


1703


Le Gouverneur de Villers refait une ordonnance pour que « la tortue soit chassée une seule fois par semaine et sans chien ».


1709


Le gouverneur Drouillard n’autorise plus aux hommes que la capture de deux tortues de mer par semaine.