La Tortue géante de La Réunion

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Image de une : Vues dorsale et latérale gauche du vestige osseux de Cylindraspis indica retrouvé dans les falaises littorales de Petite-Ile.


Découverte d’un vestige subfossile de la Tortue géante de La Réunion, Cylindraspis indica (Schneider, 1783) dans les falaises littorales de la commune de Petite-Ile, au Sud de l’île de La Réunion (Chelonii : Testudinidae). 

Par MICKAËL SANCHEZ & ROGER BOUR.

La Tortue géante de La Réunion Cylindraspis indica (Schneider, 1783) était une espèce endémique de cette île (AUSTIN & ARNOLD, 2001 ; AUSTIN et al., 2002). 

Très abondante au début du 18e siècle, sa surexploitation par l’Homme a conduit à son extinction au milieu du 19e siècle, vers 1840 (BOUR, 1981 ; PROBST & BRIAL, 2002). Les témoignages anciens et les vestiges fossiles découverts jusqu’alors indiquent que cette tortue était distribuée sur la côte Nord- Ouest, la moitié Ouest, le Sud-Ouest et le Sud de l’île. Elle était abondante dans les régions basses et sèches de la côte Ouest, dite « sous le vent » (LOUGNON, 1970 ; BOUR, 1981 ; PROBST & BRIAL, 2002 ; CHEKE & HUME, 2008). 

Comme les autres tortues géantes des Mascareignes, C. indica avait certainement un rôle écologique important dans les écosystèmes réunionnais : ce grand herbivore participait à la dispersion des graines et exerçait, par broutage, une forte pression sélective sur les communautés de plantes natives (CHEKE & HUME, 2008 ; GRIFFITH et al., 2010).

Nous rapportons ici la découverte dans le Sud de La Réunion, plus précisément dans les falaises littorales de la commune de Petite-Ile, d’un vestige osseux subfossile attribué à cette espèce.

Le 12 mars 2014, lors d’une sortie de terrain dans les falaises littorales de Petite-Ile (littoral Bordet, Cap Sel), un ossement a été découvert dans une zone très escarpée, à la surface du sol, à proximité d’un terrier de Puffin du Pacifique (Puffinus pacificus (Gmelin, 1789), entre 10 et 20 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au premier examen, ce vestige subfossile s'avérait être la partie supérieure d’un crâne de tortue. Plusieurs photographies des différentes faces de l’ossement ont été réalisées et transmises au second auteur (Fig. 1). 

Sur la base de plusieurs critères morphologiques, notamment la présence d’une crête pariétale latérale, dite crête cylindraspidienne, ce vestige est déterminé comme appartenant à la Tortue géante de La Réunion, Cylindraspis indica. En prenant comme base de comparaison un squelette complet de tortue de l'île Rodrigues, Cylindraspis vosmaeri (Suckow, 1798) pour qui, à un crâne de 102 mm, correspond une carapace longue de 68 cm, la longueur prémaxillaire-condyle occipital d'environ 120 mm de notre échantillon permet d'estimer la longueur de la carapace du spécimen à environ 75 cm.

Cet ossement vient s’ajouter aux vestiges déjà découverts au Cap La Houssaye (L. Maillard en 1854), au bord de l’Etang Saint-Paul (E. Hugot vers 1960), à la Caverne Vergoz (G. S. Cowles en 1974), à la Grotte des premiers Français (B. Kervazo en 1974 ; R. Bour et F. Moutou en 1980), dans les grottes de la région de Saint-Gilles et de Saint-Leu (H. Gruchet, R. Bour, F. Moutou, C. Mourer- Chauviré, J.J. Argoud, P. Brial..., années 1980-1990), et finalement dans le marécage de l’Ermitage à Saint-Gilles (P. Kaufmant, H. Gruchet, R. Bour, S. Ribes, C. Mourer-Chauviré..., à partir de 1989).

Il s’agit ainsi du premier matériel ostéologique de C. indica découvert dans le Sud de La Réunion, puisque aucun vestige n’avait jusqu’alors été mis à jour au-delà de la commune de Saint- Leu (GRUCHET & BOUR, 1981). Toutefois cette localisation n'est pas extraordinaire, puisqu'il existe plusieurs témoignages rapportant la présence de C. indica dans le Sud de l’île. En 1722, le journal de bord du navire L’Athalante indiquait la présence et le ramassage de tortues à la pointe de Grands Bois (BOUR, 1981). J.B. Bory de Saint-Vincent témoigne également d’une carapace non identifiée avec certitude trouvée vers Saint-Philippe (BOUR, 1981 ; PROBST & BRIAL, 2002).

Ce vestige a été transmis à l’Observatoire des tortues marines de La Réunion (Kélonia) pour une utilisation pédagogique.

MICKAËL SANCHEZ : Association Nature Océan Indien, 77, rue Caumont, 97410 Saint-Pierre, Ile de La Réunion, France. natureoceanindien@gmail.com

ROGER BOUR : Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, CP 30, 75005 Paris, France. 


Cahiers scientifiques de l'océan Indien occidental 5.




RÉFÉRENCES :

  • AUSTIN J. J. & ARNOLD E. N., 2001. – Ancient mitochondrial DNA and morphology elucidate an extinct island radiation of Indian Ocean giant tortoises (Cylindraspis). Proceedings of the Royal Society of London, 268 : 2515-2523.
  • AUSTIN J. J., ARNOLD E. N. & BOUR R., 2002. – The provenance of type specimens of extinct Mascarene Island giant tortoises (Cylindraspis) revealed by ancient mitochondrial DNA sequences. Journal of Herpetology, 36 (2) : 280-285.
  • BOUR R., 1981. – Histoire de la tortue de Bourbon. Bulletin de l’Académie de La Réunion, 25 : 97- 147.
  • CHEKE A. & HUME J., 2008. – Lost land of the dodo. An ecological history of Mauritius, Réunion and Rodrigues. Ed. T & AD Poyser, imprint of A & C Black Publishers Ltd, 464 p.
  • GRIFFITH C. J., JONES C. G., HANSEN D. M., PUTOO M., TATAYAH R. V., MÜLLER C.B. & HARRIS S., 2010. – The Use of Extant Non-Indigenous Tortoises as a Restoration Tool to Replace Extinct Ecosystem Engineers. Restoration Ecology, 18 (1) : 1–7.
  • GRUCHET H. & BOUR R., 1981. – In Bour R., Histoire de la tortue de Bourbon. Bulletin de l’Académie de La Réunion, 25 : 97-147.
  • LOUGNON A., 1970. – Sous le signe de la tortue. Voyages anciens à l’Île Bourbon (1611–1725). Saint-Denis, Jean Gérard, 284 p.
  • PROBST J.-M. & BRIAL P., 2002. – Récits anciens de naturalistes à l’île Bourbon. 1er guide des espèces disparues de La Réunion (Reptiles, Oiseaux et Mammifères). Ed. Nature & Patrimoine, 109 p.