Le Recrutement des Tortues marines

science-savoir

ÉTÉ AUSTRAL 2016/2017

Le réseau d’observateurs de Kélonia signale ces dernières semaines la présence de tortues dans les lagons du Sud et de l’Ouest de l'île. Certaines tortues ont pu être prises en photos. Parmi elles, quelques unes sont connues depuis plusieurs années, mais la majorité sont des « nouvelles » tortues. 

Cela signifie que de jeunes tortues vertes et imbriquées sont en phase de "recrutement" dans les lagons de l'île.

Aussitôt après leur naissance, les jeunes tortues marines passent plusieurs années au large afin d'échapper aux prédateurs côtiers. Lorsqu’elles ont atteint une taille qui les met à l’abri des principaux poissons carnassiers, ces jeunes tortues se rapprochent des récifs où elles trouvent une alimentation plus abondante.

C'est cette étape du cycle biologique que l’on nomme "RECRUTEMENT". Ce phénomène est très lié aux courants marins et aux températures de surface : les "recrutements" peuvent avoir lieu toute l’année, mais sont plus abondants lorsque les conditions sont favorables. Il semble que c'est le cas depuis quelques semaines…

Si ces jeunes tortues trouvent des habitats favorables où elles peuvent se nourrir en toute tranquillité, elles sont susceptibles de s’y installer pour plusieurs années jusqu’à ce qu’elles soient trop grosses pour nos lagons et qu’elles rejoignent les tombants du récif. C’est un phénomène que l'on observe très bien sur les îles isolées (îles Eparses, Aldabra,…) où les tortues ne sont pas dérangées dans les lagons.


QUELQUES CONSIGNES POUR FAVORISER CES INSTALLATIONS DURABLES

Si vous croisez l'une de ces jeunes tortues, vous pouvez l'accompagner à distance, sans la déranger (restez à 1,5 ou 2 mètres en vous approchant lentement, sans geste brusque) Et sans tenter de la toucher

C'est ainsi que ces jeunes tortues s’habitueront à la présence des baigneurs et deviendront des compagnes régulières et fidèles. En revanche si elles sont trop dérangées, elles partiront à la recherche d’un endroit plus calme, sur le tombant des récifs, où seuls les plongeurs et les bons apnéistes pourront profiter de leur présence… 

 

crédits photos : E. Morcel, P. Salvan et S. Ciccione/Kélonia


LA PHOTO-IDENTIFICATION

Kélonia a développé un programme de science participative par photo-identification qui permet de reconnaitre individuellement chaque tortue marine grâce aux photos de la carapace et des profils de la tête. Plus d'infos ici.  

Si vous avez réalisé des photos, vous pouvez les envoyer à l’adresse suivante : photoid.kelonia@museesreunion.re en indiquant le nom du photographe, la date et le lieu de la prise de vue.

Merci à nos observateurs fidèles ou occasionnels qui ont permis d’identifier plus de 200 tortues à La Réunion, dont certaines sont suivies depuis 2004 !!!


DES TORTUES VENUES D'AILLEURS POUR LA PLUPART

Ces tortues ne sont pas forcément de tortues nées à La Réunion. 

Pour les tortues imbriquées, ce n’est même jamais le cas car elles ne se reproduisent pas à La Réunion.

Pour les tortues vertes en revanche, des pontes à La Réunion ont été constatées. Mais ces pontes restent encore peu nombreuses (une vingtaine depuis 2004). Les taux de survie des nouveau-nés sont de plus très faibles (de 1 sur 100 à 1 sur 1000), et les courants marins ont tendance à entraîner les petites tortues vers l’ouest… vers les côtes malgaches et africaines.

Ces cartes rendent compte des simulations de dérive réalisées avec Ifremer et CLS. Elles montrent qu’après quelques années une partie des tortues survivantes sont vraisemblablement ramenées par les courants près de nos côtes.


Ces cartes montrent les trajectoires possibles des nouveaux-nés entraînés par les courants marins au départ de La Réunion, ainsi que les températures et la production primaire le long de ces trajectoires… 2 facteurs importants de la survie des jeunes tortues :

  • La température influe sur la survie des jeunes tortues qui doivent rester dans des températures supérieures à 18°C (zones jaune à rouge sur la carte).
  • La production primaire qui est un indicateur de la quantité de nourriture disponible, dont va dépendre la croissance des jeunes tortues.

CONSEQUENCES INATTENDUES

Dans le courant du mois de Janvier 2017, une jeune tortue imbriquée a été récupérée affaiblie par les agents de la Réserve Marine, au niveau du sentier sous-marin de l’Ermitage. La tortue a été prise en charge par le Centre de soins de Kélonia pour un certain nombre de contrôles.

La prise de sang et la radio de la tortue montrent des problèmes intestinaux sans gravité qui ont pu être traités rapidement. La tortue a donc pu rejoindre le lagon.

Ces jeunes tortues qui "recrutent" actuellement dans nos lagons après plusieurs années au large changent de régime alimentaire. Elles doivent ainsi trouver dans leur nouvel habitat les sites où elles pourront se nourrir en quantité suffisante. 

Et cette étape doit également s’accompagner d’une évolution de la flore intestinale, afin de permettre une bonne assimilation des nouveaux aliments consommés sur le récif. Cette évolution de la flore intestinale peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois pendant lesquels les tortues peuvent être "barbouillées". 

Une fois la nouvelle flore intestinale installée, la tortue reprend sa croissance.

Une bonne occasion de rappeler l’importance de la flore intestinale, qui est de plus en plus mise en évidence, y compris chez l’Homme. Les probiotiques ou bonnes bactéries de l’intestin jouent un rôle reconnu sur la santé.